À propos du risque
Par nraynaud le vendredi, novembre 14 2008, 00:07 - Général - Lien permanent
Les accidents récents du Vendée Globe ont été l'occasion de mettre au clair un certain nombre de conceptions à propos du risque et des tests.
Le but d'une course c'est de gagner, ou de faire au moins un score honorable. Gagner, ça veut dire faire des choix, on peut pas être sur la route nord et la route sud en même temps, on peut pas avoir des outriggers et des barres de flèche en même temps, une quille fixe et une quille mobile etc. En moyenne à la fin de la course, les choix du vainqueur ont été les meilleurs.
Leurs choix
Un des choix, c'est de faire un bateau qui va vite plutôt qu'un bateau qui soit résistant. Ainsi une construction tout inox (ou même tout alu) avec un mât en alu et une quille fixe sont l'option de la sécurité, mais désolé, ça gagne pas un choix comme ça. On peut aussi rester au port quand il y a une tempête dans le Golfe de Gascogne, on peut éviter de se trimballer en solitaire au cap Horn (ce qui est normalement interdit d'ailleurs) etc. Sauf que là le but c'est de gagner la course. Et pour gagner la course, l'état actuel de la technologie, c'est : coque en plastique (epoxy, polyester) renforcé à la fibre (verre ou carbone), un mât en carbone, 2 dérives sabre et une quille mobile, des balasts, une grand voile presque rectangulaire etc. Et ces choix ont leurs inconvénients : c'est fragile, virer de bord est aussi complexe que de faire décoller un 747, c'est inconfortable (à cause de l'étrave verticale), c'est très humide (le bateau est au raz de l'eau donc les vagues et les embruns passent au-dessus). Bref, une formule 1 des mers qui nécessite un brevet d'astronaute pour le pilotage (et j'ai pas parlé du routage et de la sécurité).
On ne peut raisonnablement pas attendre de gens qui ont fait des choix aussi radicaux, qu'ils réussissent tous et en grande proportion. Ils peuvent se tromper à la conception ou avoir des aléas plus tard, se tromper sur le management des équipes etc. Et ça conduit à ce qui c'est produit pendant la première tempête dans le golfe. Tous ceux qui se sont vautrés dans le golfe auraient-il dû appliquer des standards plus stricts à leur bateau ? C'est loin d'être évident : il n'y a eu aucun blessé, aucun naufrage, ils sont tous rentrés de manière autonome au port. Bref, la sécurité des navires n'a pas été mise en cause (ceci ne préjuge pas du reste de la course). Même Hugo Boss avec sa voie d'eau a eu les pompes suffisantes pour rentrer seul sans couler.
Des bateaux à un seul usage
Il est essentiel de distinguer ces bateaux des autres bateaux, ils n'ont un usage ni de plaisance (inconfortables, tirant d'eau de la mort, non manoeuvrants), ni de régate (chiants à manœuvrer, trop grands), ni de marine marchande. On ne va pas les contrôler comme un bateau de marine marchande car ils ont une date de départ fixe et ont une architecture unique, on ne va pas les concevoir comme un bateau de location, car ils sont préparés pour un seul skippeur qui est un expert dans son domaine.
Comme un logiciel
Il fallait y venir, ceci a un lien avec le logiciel : on ne développe pas de la même manière un logiciel pour mettre sur orbite une palanquée d'astronautes et un lecteur de mp3. On ne fait pas les même choix quand on est un constructeur automobile dont les actionnaires espèrent 12% de rendement et zéro risque et une startup dont on espère 500% de rendement et un risque de faillite de 4 chances sur 5. D'autre part il faut savoir compartimenter les risques, un mât qui tombe, ce n'est pas la même chose qu'un naufrage. Les données personnelles des utilisateurs qui sont compromises sont plus graves que l'impossibilité d'exécuter des transactions. Une voiture dont la clim' est en panne, ce n'est pas la même chose qu'un début d'incendie dans l'habitacle etc.
Bref, il faut toujours garder un œil sur les circonstances dans lesquelles on se trouve, et garder les priorités à l'esprit. Sécurité des personnes d'abord, puis des biens, des données, assurer le business c'est le filtre qu'il faut appliquer à nos actions. Et un accident, même impressionnant (mât de 27m qui casse en 3), n'appelle pas toujours à une réaction de type "plus jamais ça, à n'importe quel prix". Il faut savoir vivre avec son risque.